REFLEXIONS

   REGARDS GRIS
 
Du 3 mai au 1er juin 2002, la chaîne franco-allemande ARTE présente 6 téléfilms de fiction sur les mondes noirs d’aujourd’hui, tournés par des réalisateurs d’Afrique et des Antilles. Selon Jérôme Clément, le président d’Arte France, l’initiative serait un regard ouvert sur le monde, à l’opposé de l’ethnocentrisme.  » C’est très important de permettre à des africains de raconter leur histoire, leur culture, leurs problèmes avec leurs mots, et amener le public européen à regarder leurs films  »
l’entreprise est louable et mérite d’être soulignée d’autant plus que cette chaîne nous a habitué à des programmes d’une qualité artistique indéniable. Malheureusement, le manque de rigueur et la négligence ont transformé en mascarade ce qui aurait pu être un nouveau partenariat avec la création cinématographique africaine.
Le cycle a pour tête d’affiche le film  » Libre  » qui sera diffusé en prime time vendredi 3 mai (20h45).Paradoxalement ce film dans lequel R. Bohringer joue le rôle d’un French Doctor au chevet des enfants de rue de Dakar, est réalisé par un français blanc Jean-Pierre Sauné. Tandis qu’ IT immatriculation temporaire (G.Fofana, guinée), Daressalam (Issa Coelo), Roues libres (Sidiki Bakaba Côte d’Ivoire), Tèt Grenné(Christian Grandman, Guadeloupe) et Heremakono (Abderramane Sissako, Mauritanie) réalisés effectivement par des réalisateurs noirs sont programmés à des heures où ils n’ont pratiquement aucune chance d’être vus (les samedis entre 22h30 et 23h).
Un problème de communication interne à la chaîne (le directeur de l’unité programme fictions aurait omis de signaler à la programmation, que JP Sauné était blanc) serait à l’origine de cette contradiction qui malheureusement apporte une pierre de plus à l’ethnocentrisme avec tout ce que cela comporte comme vices. Dans ces heures troubles que nous traversons, il est primordial que toutes les énergies désireuses de bâtir une véritable identité plurielle en France, fassent preuve de vigilance dans notre rapport à l’autre. Il y va de notre avenir commun.

 

  Un cinéma à part entière ou un cinéma entièrement à part ?

reality show

reality show

Voix du griot ou nouvelle voie
De tous ceux que l’on ne voit
Les cinémas d’Afrique sont aussi travail sur la mémoire
De l’oral à l’écrit , de l’écrit à l’écran
L’écran est l’écrin
Sur lequel se tissent en fils d’or
les maux du quotidien des africains d’ici et d’ailleurs,
Le cinéma,
C’est cet instant dans l’éternité
Ce moment d’humanité partagée

 

 

 

 

 

Discours sur les post-colonialismes

 

Dans le cadre des débats proposés par la librairie Sauramps à Montpellier, l’anthropologue et directeur des Cahiers d’études africaines, Jean-Loup Amselle présentait son nouvel ouvrage l’Occident décroché, enquête sur les post-colonialismes. La rencontre était animée par Anthony Mangeon, maître de conférence (littératures francophones – Université Paul Valéry). Réflexions et croisements sur les post-colonialismes.

L’Occident décroché s’inscrit dans la dynamique d’un travail de recherche qui a successivement porté sur les migrations africaines, la notion d’ethnies et enfin sur les logiques métisses, d’hybridation et de compénétration. Dans cet ouvrage, Jean-Loup Amselle démontre que les idées post-coloniales de syncrétisme et de créolisation, ont pour effet de placer les peuples de l’ex-empire colonial et du tiers-monde dans une posture conflictuelle avec l’occident. Le courant de pensée post-colonialiste n’interprète la situation actuelle de ces peuples qu’à travers 2 faits majeurs : l’esclavage et la colonisation. Une vision simpliste qui résume les relations internationales en une opposition entre l’Ouest et le reste du monde au mépris des connections et des interférences réciproques.

L’anthropologue remet en cause cette approche binaire qui a le tort d’exacerber les responsabilités de l’occident, en minimisant celles du tiers monde. Selon Jean Loup Amselle, dans les faits historiques imputés à l’Europe, les africains jouaient un rôle non négligeable. Durant l’esclavage, les européens établissaient leurs comptoirs sur les côtes et les royaumes esclavagistes opéraient des razzias à l’intérieur de terres pour capturer des esclaves. Il y aurait  donc des responsabilités internes de ces pays dans leur situation actuelle. Sous couvert de redonner l’initiative aux ex-colonisés, la posture post-colonialiste les exonère de toutes responsabilités dans les maux actuels qui maintiennent la majeure partie des pays du Sud dans le sous-développement. Elle nie la capacité d’initiative des acteurs sociaux du Sud.

Le dernier chapitre du livre aborde la question des mémoires françaises à l’aune des émeutes de banlieues de 2005 et  de l’article 4 de la loi de 2005 portant sur les bienfaits de la colonisation. La république serait mise en danger par la revendication mémorielle et les commémorations à répétition. Selon l’auteur, si on s’engage dans cette voie on s’engage dans un régime de la concurrence victimaire. A l’instar d’Ernest Renan, il estime que « ce qui fait le ciment d’une nation, c’est l’oubli ». Il faudrait oublier pour mieux vivre ensemble.

Au nom d’une conception universaliste de la république, Jean Loup Amselle  fustige la diversité paillette de la politique gouvernementale actuelle de discrimination positive. L’anthropologue abhorre le concept de multiculturalisme qui évince les schèmes d’incorporation au profit d’une ethnicisation des rapports sociaux. Sous la IV ème république, de nombreux africains occupaient des postes de hautes responsabilités dans l’administration française. Houphouët Boigny et Léopold Sedar Senghor avaient été membres du gouvernement. Félix Eboué, gouverneur du Tchad fut l’instigateur du ralliement de l’AEF à la France libre. Gaston Monnerville avait été élu au sénat par ses pairs. Leur présence était justifiée par leur compétence. Aujourd’hui, c’est au titre de la diversité raciale que les minorités ethniques font leur entrée au gouvernement.

L’auteur a tendance à faire des amalgames et à rendre le post-colonialisme responsable de toutes les dérives qui mettent en péril une république française  fragilisée par ses propres contradictions. La pensée post-coloniale serait le cheval de Troie d’un multiculturalisme à l’américaine. Produite par des auteurs qui pour la plupart vivent à l’extérieur de leur pays d’origine et enseignent dans des universités nord-américaines, elle serait pervertie par  un phénomène de diasporisation.  Cette posture conservatrice est révélatrice d’une certaine frange du milieu académique hexagonale hostile à un changement de perspectives qui mettrait à mal ses convictions.

Le post-colonialisme me semble t-il est un vaste champ de recherche qui transcende la simple opposition avec l’occident. Dans la République coloniale, Françoise Vergès[1], rappelle que la notion de post-colonie est un artifice qui permet de développer une technique de lecture de l’événement colonial et postcolonial, au-delà des lectures économistes et des binarismes simplistes. La post-colonialité n’est pas seulement une expérience géographique (le monde non européen) elle est aussi une expérience vécue dans l’Occident par la présence de diaspora avant la période de décolonisation et l’émergence de situations postcoloniales en Occident. Jean Loup Amselle ne prend pas en compte la diversité et la multiplicité des écrits post-coloniaux où comme l’indique à juste titre l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch[2], « le meilleur côtoie parfois le pire ». Une chose est indéniable, le post-colonial a contribué par son regard «décentré» à  apporter « un mode de penser pluriel » plus ouvert au reste du monde. Le post-colonialisme est une invitation à déconstruire nos représentations et modes d’intervention hérités du colonialisme pour mieux tendre vers l’universel.

Dans l’Occident décroché, Jean-Loup Amselle a le mérite de mettre en exergue les interpénétrations entre la french theory et les théoriciens tricontinentaux. Par leur posture anti-colonialiste, des auteurs français comme Jean-paul Sartre, Michel Foucaud et dans une moindre mesure Pierre Bourdieu ou encore Gilles Deleuze  ont influencé les penseurs post-colonialistes. L’Orientalisme d’Edward Saïd[3], ouvrage de référence du post-colonialisme s’est fortement inspiré du diptyque savoir et pouvoir cher à Michel Foucaud. Cette enquête sur les post-colonialismes met également une focale sur les travaux d’éminents chercheurs africains comme Achille Mbembe ou  Samir Amin qui tentent de  favoriser l’émergence d’un paradigme africain, une voix des sans voix qui rendrait plus fécond le dialogue interculturel.

                                                                                                

Anthropologue, Jean-Loup Amselle est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

Il a notamment publié Au cœur de l’ethnie (3e édition, La Découverte, 2005) en collaboration avec E. M’Bokolo, Logiques métisses (2e édition, Payot, 1999), Vers un multiculturalisme français (2e édition, Flammarion, 2001), Branchements (2e édition, Flammarion, 2005) et L’Art de la friche (Flammarion, 2005).

 L’Occident décroché : enquête sur les post-colonialismes
Amselle, Jean-Loup
Editions Stock
22.00 euros

 

 

[1]La République coloniale, Albin Michel, 2003

[2]Tribune libre, l’Humanité, 22 mars 2008

[3]L’Orientalisme, Seuil, 1ère édition en 1978, réédition 2005

 

 

 

Ruth Tafébé, nouvelle voix de l’Afrobeat

 

 

Ruth Tafebe

Ruth Tafebe

 

 

Le label Comet records (distribution Nocturne) spécialisé dans l’Afrobeat , sort Holy Warriors le premier LP de Ruth Tafébé and the afrorockerz.

 Après l’expérience de soul urbaine du groupe Sunshipp, Ruth Tafébé nous revient avec le classieux Holy warriorz, un album fortement imprégné de son vécu. Née en Côte d’ Ivoire, son inspiration emprunte à l’imaginaire du grand Fela, au reggae jamaïcain, à la Rumba congolaise ou encore au high Life ghanéen. La liste n’est pas exhaustive. En effet, Ruth Tafébé est comme ça, empreinte de cette culture monde qui irradie Holy warriorz. Un éblouissement. Sa voix d’âme donne le supplément de grâce qui fait de ce premier opus, une œuvre poignante, puissante et singulière. Co-écrite avec Julien Raulet, arrangée par Pierre Vandewaeter et Jean-Charles Gorceix,  elle porte la griffe de Tony Allen, batteur hors pair de Fela.

 De l’hommage universel rendu aux mères dans Mother à Wâri chanson écrite en dioula fustigeant l’argent roi, de Celebrate à Carry On, Holy Warriors nous offre dix titres flamboyants qui réconcilie le mélomane avec l’exigence musicale.

En guest-stars Amayo, leader charismatique du groupe américain Antibalas, Asha  et Emmanuel Djob du groupe de Black and White gospel, ont été invités à venir explorer et irriguer de nouvelles voies de l’Afrobeat. En effet, loin des querelles de succession du black president Fela, Ruth Tafébé apporte sa touche personnelle et abroge les frontières du genre.

L’épreuve du live restait incertaine. Essai transformé avec la première partie des  headhunters (le groupe jazz de Herbie Hancock) en octobre 2007 au New Morning à Paris.

Si vous souhaitez rencontrer cette nouvelle voix de l’Afrobeat, désormais installée aux Etats Unis à New-york, Ruth Tafébé se produit tous les samedis au mythique St Nick’s Pub de Harlem. Reste pour les amateurs de bonnes vibes un LP de haute facture à consommer sans modération.

SSK

Ruth Tafébé and the afrorockerz  Holly warriors    Comet records (distrib.Nocturne)

 

 

 

 

 

 

 

 


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