PRESSE
La France d’aujourd’hui a redécouvert le passé colonial à la faveur de la polémique qui a entouré l’art 4 de loi de février 2005 portant sur les bienfaits de la colonisation. L’opinion nationale oscille entre déni et surenchère. Le discours colonial reste omniprésent chez certains de nos concitoyens nostalgiques d’une grandeur passée et les français issus de l’immigration hurlent à la discrimination. Les émeutes de banlieue ont exacerbé cette fracture nationale.
J’ai choisi d’appréhender ces questions-là de façon apaisée et sereine pour restituer une partie de cette histoire qui demeure très peu connue.
Ce film est pour moi un moyen d’apporter ma vision personnelle et ma contribution à ce débat national. De devenir un actant pour dire la diversité des mémoires par tous les moyens nécessaires. Ce film donne la parole aux chercheurs de la société internationales des études des littératures de l’ère coloniale (la SIELEC) aux politiques mais également aux citoyens. Une certaine idée de l’humanisme à l’heure des grands enjeux électoraux.
Quel a été votre organisation pour le tournage?
Un dispositif léger, mobile. Un peu comme Mickaël Moore. La simple caméra n’impressionne pas. On arrive à faire du peu de moyen un atout. Les intervenants sont à l’aise, ils se confient plus facilement.
Au Festival International du Film d’Amiens, en 2006. Mais encore, à Carthage en Tunisie. La projection aura lieu à Montpellier le jeudi 18 janvier 2007 au cinéma Diagonal Capitole, une autre est prévue à Nimes et dans d’autres salles où cela reste à confirmer.
l’Essor n°16103 du – 2007-12-28 08:00:00
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Des associations présidées respectivement par la Colombienne Sonia Victoria Rincon et Soumaïla Sunjata Koly, fils du célèbre homme de théâtre ivoirien Souleymane Koly.
Une demi-douzaine de films documentaires et de fiction seront projetés au CNCM et à l’Espace Amadou Hampaté Ba du Djenné. Des projections auront également lieu en plein air pour les étudiants de la Faculté des sciences et techniques (FAST) et à l’Institut universitaire de gestion (IUG). Ces projections seront suivies de débats. Les thèmes généralement traités sont relatifs aux préoccupations quotidiennes, plutôt similaires, des sociétés colombienne et africaines. Il s’agit de problèmes de développement, de coexistence entre divers peuples, et aussi des mauvais stéréotypes collés par les pays développés à tous les pays du Sud. Les films présents à Bamako avaient déjà été présentés en novembre dernier à Bogota en Colombie à l’occasion d’un festival du cinéma africain. Les deux associations qui ont initié la manifestation, ont organisé du 14 au 16 décembre, la 3è édition du festival “Regards sur les cinéma d’Afrique et de d’Amérique du Sud” à Montpellier en France. L’idée est née du désir de partage et de développer des plates-formes afin de permettre aux films africains et colombiens d’être vus aussi bien dans leurs pays respectifs qu’en Europe. “Copeira Gerais” et “Colonialisme” de Soumaïla Sunjata Koly, “Pacifico”, “Visages de la forêt”, “Où chantent les accordéons”, “la route du Vallento” de Lizette Lemoine (Colombie), “Le sang de la terre” d’Ana Vivas (Colombie) sont au programme de cette manifestation originale qui jette un pont entre la France, le Mali et la Colombie. Souleymane Koly s’est réjoui que le choix des initiateurs se soit porté sur le Mali pour abriter cette première sur le continent. Le pays le mérite bien. D’ailleurs, la richesse et la variété de sa culture a inspiré de nombreux artistes à travers le monde, a souligné Souleymane Koly.Y. DOUMBIA |
Il est le fils d’un célèbre comédien, dramaturge et metteur en scène : Souleymane Koly, le « père » de l’ensemble Kotéba. Mais, lui a choisi de se faire un nom, pardon un prénom dans le monde de la musique et du cinéma. Soumaïla Koly, c’est son nom, a commencé par émerger comme rappeur, sous le pseudonyme « Sunjata ». Après trois albums hip hop (« Rédemption » 1997, « Liste Noire » 1999, « Identités » 2005), il se révèle ensuite comme réalisateur. « Colonialisme », sa dernière réalisation, qu’il a écrite et produite, poursuit le débat sur la colonisation dans la France d’aujourd’hui, qui, pour rappel, a resurgi à la faveur de la polémique autour de l’article 4 de loi du 23 février 2005 portant sur les bienfaits de la colonisation. En 52 minutes, ce doc donne, à travers une galerie de portraits contemporains, la parole aux jeunes français d’origines diverses qui se prononcent, selon leur sensibilité, sur le passé colonial. « Colonialisme » se veut également une tribune citoyenne où des visages bien connus et respectés, notamment la députée de Guyane Christiane Taubira ou encore l’écrivain Alain Mabanckou, jettent un regard analytique sur la colonisation. Histoire d’interpeller les consciences sur la nécessité de construire une réelle mémoire sur le colonialisme. Avant « Colonialisme », Soumaïla Koly « Sunjata » avait déjà réalisé un court métrage, « Gaou » (2002) et un long métrage documentaire, « Identités » (2004). Pour mémoire, « Colonialisme » a été il y a deux ans, en sélection officielle au festival international du Film d’Amiens et aux Journées Cinématographiques de Carthage (Tunisie).
YS

LES INDIVISIBLES




Entretien avec Soumaïla Sunjata Koly, réalisateur du documentaire
« Colonialisme »
Pourquoi ce film ?
A travers Colonialisme, j’ai souhaité apporter ma modeste contribution à la connaissance de
notre histoire commune. Ce film est une façon pour moi de participer au débat national en
donnant ma vision, une vision parmi tant d’autres. Celle d’hommes et de femmes qui évoluent
chaque jour dans des milieux cosmopolites et mixtes.
Démarche artistique ou citoyenne ?
Ce film est une démarche de construction personnelle motivée par le besoin de comprendre
et le désir de partager notre histoire commune. Colonialisme est né d’une expérience professionnelle.
Dans le cadre d’une mission pour le conseil général de l’Hérault, j’avais en
charge la mise en place de conférence débat sur la thématique de l’histoire de l’immigration
dans le bassin j’ai été amené à côtoyer des personnalités d’envergure comme les historiens
Benjamin Stora (spécialiste de la guerre d’Algérie), Ralph Shorr, le psychanalyste Féthi Ben
Slama ou encore Driss El Yazami, le secrétaire général de la fédération internationales des
ligues des droits de l’Homme. J’ai découvert la masse considérable de travaux et d’ouvrages
qui avaient été produits sur la colonisation mais qui étaient ignorés du grand public. Le
débat national sur ces questions là était empêtré dans des stratégies politiciennes ou de
l’affect au détriment du savoir et de la connaissance de cette période charnière de l’histoire
de la république Française. L’artistique y est présent, le citoyen aussi.
Tu expliques que les représentations de la période coloniale sont encore présentes
dans la société d’aujourd’hui?
Einstein disait qu’il était plus facile de séparer le noyau de l’atome que de faire évoluer les
mentalités. Une certaine forme de facilité intellectuelle ou de confort psychologique nous
rend les idées préconçues plus agréables que des remises en cause approfondies et des
questionnements permanents qui sont plus déstabilisant. Nous sommes aujourd’hui dans
une société plus médiatique plus formatée avec des représentations qui frôlent parfois la
caricature pour être le plus efficace possible. Pour convaincre son électorat le politique devient
populiste, l’artiste est dans la redite artistique et l’écrivain se fait provocateur pour
vendre des livres. L’intelligentsia qui était jadis à l’avant-garde des combats de société caresse
le citoyen dans le sens du poil et la nation sommeille dans des préjugés d’un autre
temps.
Comment déconstruire les représentations issues de cette période ?
Favoriser la diversité des mémoires, la multiplicité des approches et des discours, et les
mettre réellement à la portée du plus grand nombre.
Un travail de mémoire te semble essentiel ?
Pour une nation, se replonger dans le passé permet de mieux appréhender les problématiques
du présent et de mieux envisager les enjeux de l’avenir.
Les Indivisibles luttent contre les préjugés. Que t’inspire notre Charte ?
Elle est à l’image de ce que crois être la notion d’identité nationale: plurielle, complexe, dynamique
et déterminée par le libre arbitre de chacun et son sentiment d’appartenance à la
nation française.
Quand on te demande « d’où viens-tu ? », quelle est ta réponse ?
Je suis français, de père guinéen, de mère sénégalo-malienne et j’ai grandi en Côte d’Ivoire.
Le documentaire se termine par un de tes morceaux, « Ensemble ».
Nous réclamons le droit, de vivre ensemble, grandir ensemble, mûrir ensemble, s’épanouir
ensemble, ensemble ensemble, ensemble…. Le refrain veut tout dire.
Quels sont tes projets ?
Pérenniser Passerelles cinéma, un réseau d’image sans frontière que j’ai mis en place entre
la France, le Mali et la Colombie. Ce projet de grande ampleur entre professionnels du cinéma
et de l’audiovisuel favorise la circulation des oeuvres, les échanges de pratiques innovantes
en matière de production, diffusion et de conservation des films. Des évènements
ont d’ores et déjà eu lieu sur les 3 continents avec Cine Africano à Bogota en novembre
2006, les Rencontres Internationales de Cinéma de Bamako en décembre 2007 et Quilombo,
regards sur les cinémas qui depuis 2004 a lieu en avril à Montpellier.
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